Photo portrait_Oriane Lorne

Proposé par

APPRENDRE A DEVENIR – Qu’est-ce qui est naturel, personnel et qui vous donne des ailes ? Quel est l’ingrédient mystère des candidats que tous les recruteurs s’arrachent ? Qu’est-ce qui vous assure un futur qui vous ressemble sans même que vous vous en rendiez compte ?

 

Vous donnez votre langue au chat ? (le pauvre…) Allez, je vous aide un peu. Voici une recette de grand-mère farouchement gardée secrète depuis des générations (la nuit des temps, en fait). Le suspens étant insoutenable, je vous la dévoile sans plus attendre. L’idée, c’est de faire de votre évolution professionnelle une réussite et même (soyons fous !), une source de plaisir et d’épanouissement personnel. Comme toute bonne recette qui se respecte, adaptez-là à vos goûts / envies :

 

« Dans une personnalité colorée et à forte contenance, versez une grande mesure d’esprit d’analyse et de synthèse, une cuillère à soupe bien pleine de flexibilité et d’adaptabilité, une tasse de négociation mélangée à un esprit d’équipe de premier choix. Ajoutez une pincée de sens du service, rehaussez d’un soupçon de jugement et de prise de décision puis assaisonnez généreusement d’intelligence émotionnelle. Mélangez le tout en veillant à incorporer le sens de l’organisation. Ajoutez du leadership et ne lésinez pas sur la créativité. Versez au creux de la personne et laissez la recette s’enrichir au grès des expériences et des environnements ».

 

Vous avez deviné ?

Cet ingrédient mystère, c’est ce que l’on appelle les « soft skills » (1) (quoi, encore un mot anglais !). Ces fameuses compétences relationnelles et comportementales qui font de vous une personne unique, vous permettent d’interagir avec les autres et d’évoluer dans différents environnements (oui et c’est même valable pour « Call of duty », si si). Elles font partie de vous, bien souvent sans que vous en ayez réellement conscience. Normal, puisqu’en fait, c’est ce qui constitue votre personnalité, votre (foutu?) caractère, votre savoir-être. Ça commence à vous parler ? Rien de mieux qu’une métaphore pour vous donner une idée plus précise de ce que les soft skills représentent. Celle de l’iceberg est particulièrement appropriée (2) je trouve. Parce qu’en fait, elles n’ont pas l’air comme cela, mais elles sont méga importantes dans tous les sens du terme.

 

Mais quelles différences avec les autres compétences ?

Vous savez combien il est important en France d’avoir de beaux diplômes (ne mentez pas, je suis sûre que vous en avez un qui traîne quelque part) et des expériences, beaucoup d’expériences. C’est ce qui constitue les « hard skills » (le savoir, qui recouvre les connaissances et procédures – savoirs formalisés – et le savoir-faire, qui correspond à l’expérience – savoirs agissants). Savoir, savoir-faire et savoir-être sont complémentaires. Mais ce qui fait la spécificité des soft skills, c’est qu’elles sont :

  • Transversales
  • Pérennes
  • Uniques
  • Flexibles et personnalisables
  • Exigeantes
  • Collaboratives
  • ….et, last but not least, elles sont synergiques ( 1+1>2).

Ce qui en fait un élément incontournable, c’est qu’elles touchent notamment à trois dimensions essentielles de la croissance de tout être humain : l’apprentissage, la mémoire et la résolution de problèmes. Et c’est là que ça commence à être intéressant.

 

Ok, mais ça sert à quoi concrètement ?

Plus puissant que du Red Bull mélangé à du kérosène (il est déconseillé de tester ce breuvage), les soft skills sont comme un cocktail hyper puissant qui vous met en mouvement et vous permet de réaliser une action. Comme par exemple : concocter une charlotte à la cerise et à la menthe poivrée, sortir un tableau à triple croisés dynamiques ou réaliser un film sur les chevaliers paysans de l’an mille au lac de Paladru (liste non exhaustive).

En clair, quand vous vous mettez aux fourneaux, vous faites appel à votre créativité, votre autonomie, votre débrouillardise, votre gestion du temps, etc. Quand vous sentez monter en vous une furieuse envie de jouer du clavier sur Excel, vous mobilisez votre capacité d’analyse, votre concentration, votre capacité d’abstraction, votre goût du challenge, etc. Quand vous vous lancez dans le tournage d’une œuvre majeure sur une page passionnante de notre histoire, vous sollicitez votre faculté à identifier, synthétiser et ordonner de l’information, votre capacité à arbitrer et à prendre des décisions, votre sens du contact, votre capacité d’organisation, etc. Toutes ces qualités sans lesquelles vous ne pourriez pas réaliser tous ces projets formidables (et cela nous manquerait cruellement, croyez-le).

 

Et les recruteurs dans tout ça ?

Ce qui est certain, c’est que le règne absolu des compétences académiques et techniques est aujourd’hui sensiblement remis en cause par les candidats mais aussi par les recruteurs. Ces compétences « douces » ne sont en faite pas si douces que cela (on m’aurait menti?) car elles viennent bousculer un ordre solidement établi. Un hasard ? En réalité, pas vraiment. La complexification grandissante du monde professionnel encourage cette tendance. Les entreprises comprennent qu’elles ont de plus en plus besoin de faire appel aux compétences plus humaines de leurs salariés pour rester performantes : parier sur l’humain pour gagner demain. Notre environnement qualifié de « VUCA » (3) fait du changement un élément incontournable de notre vie professionnelle comme personnelle.

Je ne vous apprends rien en vous parlant de globalisation, mondialisation, vieillissement de la population, évolution des métiers, des modes et des formes de travail, envahissement de l’outil informatique et explosion de la « Big data », émergence de nouvelles formes d’organisation, etc. Tout cela fait que les nouvelles compétences attendues sont celles qui permettent aux différents individus de s’adapter aux changements constants que nous vivons (vous aimez les montagnes russes? Alors accrochez-vous!).

 

Pour finir, deux petits témoignages de deux grands hommes (je ne résiste pas)

Commençons par Reid Hoffman (fondateur de LinkedIn) qui explique que nous devons désormais gérer notre carrière comme une start-up (vous sentez cette sève qui monte en vous?) : « il s’agit désormais de se considérer comme un être en devenir (en « beta permanente »). Savoir s’adapter, investir dans son développement et prendre des risques ».

Olivier Leclerc (Directeur de l’innovation et de l’intrapreneuriat au sein d’Alcatel Lucent) nous partage un exemple concret qui va dans ce sens : « Le métier du chercheur évolue : on attend de moins en moins des experts très pointus enfermés dans leur tour d’ivoire, et de plus en plus des gens qui savent collaborer, créer du lien, fédérer autour d’un projet, comprendre les usages, même si nous devons pour cela lâcher du lest sur l’expertise technique de nos recrues » (4).

 

Alors, qu’attendez-vous pour apprendre à devenir ?

>>> Prochain épisode : comment repérer vos soft skills, les mobiliser et les développer ?

 

> www.linkedin.com/in/oriane-lorne

 

1. Pas besoin de chercher dans le Larousse, je vous partage ma définition maison : « Les soft skills sont les talents naturels et personnels qui permettent à un individu d’interagir harmonieusement avec les personnes qui l’entourent, d’appréhender sereinement son environnement, de se renouveler tout au long de sa vie, de faire face à toutes les situations qu’il est amené à vivre. En un mot, elles assurent le développement durable de l’individu, y compris (et encore plus?) dans l’univers professionnel ».
2. Merci Jean-Philippe Pavard, « Soft skills versus hard skills », 2017
3. VUCA est un acronyme inventé par l’armée américaine dans les années 1990 pour désigner quatre paramètres d’une situation ou d’un contexte : Volatility (Volatilité), Uncertainty (Incertitude), Complexity (Complexité) et Ambiguity (Ambiguïté).
4. ERNST & YOUNG (2016), La révolution des métiers – Nouveaux métiers, nouvelles compétences : quels enjeux pour l’entreprise ?