Denis Bismuth - Monkey tie Coaching

Proposé par

Manager autoritaire

L’autorité ça se voit …

Si l’on en croit le travail de recherche[1] de Denis Cristol, on a intérêt à réfléchir au poids de l’apparence dans l’autorité que nous donnons aux autres.

Sans doute d’une manière complètement inconsciente, nous donnons aux autres des informations d’apparence qui leur permettent de décider de nous conférer une autorité: taille, forme du visage, choix de parfum ou d’objets personnels etc.. Ces quelques extraits ci-dessous permettent d’aller plus loin dans la compréhension de ces mécanismes.

Je ne veux pas dire par là que le management n’est qu’apparence, bien au contraire ! Simplement la compétence du manager, sa capacité à utiliser les outils est nécessaire mais pas suffisante pour s’affirmer face aux collaborateurs. Il doit donner des signes que les autres attendent s’il souhaite recevoir les signaux de reconnaissance afférents à sa situation.

C’est autant dans l’apparence physique que dans le choix des attributs de sa fonction que le manager donnera les informations attendues….

La taille est la corpulence ont fait l’objet d’études et d’observations révélatrices :

 

Milieu de la personne de référenceHommesFemmes
Cadre supérieur, profession intellectuelle supérieure175,6162,8
Profession intermédiaire174,4162,2
Artisan, commerçant, chef d’entreprise173,9162,2
Employé173,2161,9
Agriculteur172,4161,5
Ouvrier171,9160,8

Source : INSEE Première, n°356, 1995

 

Les silhouettes varient selon les milieux sociaux. Malgré l’uniformisation apparente des modes de vie, les cadres sont plus grands que les ouvriers. L’apparence et en l’occurrence la taille apparaît comme un marqueur social.

Le visage

L’exemple des cadets de West Point, repris par Amadieu (2002) est éclairant : sur 140 colonels sortis de West Point seuls 56 sont devenus après 20 ans de service brigadier général et 31 ont atteint le grade de major général. Le rang de sortie calculé à partir des performance scolaire, de la mesure du leadership ou des capacités sportives n’est pas un prédicteur de carrière.

A l’inverse, une allure athlétique, un visage réputé plus dominant (visage plus allongé, menton plus carré, front dégagé, lèvres plus serrées…), le fait de peu sourire, constituent des indices qui renforcent des préjugés, sur la possession de traits de personnalité, et la capacité à un déroulement de carrière. « Tout se passe comme si le visage fournissait un signal des capacités de commandement, de l’ambition, de la force, de la capacité à encaisser des coups, et de l’agressivité ».

L’autorité ça se manifeste

La gestuelle, la communication, la façon d’interagir

Y a t-il un langage non verbal des cadres ? Comment se caractérise t-il ? Meharabian et son équipe (1972) s’appuient sur la décomposition en communication verbale et non verbale. Dans la communication orale courante, trois composantes principales sont à distinguer :

  • le sens des mots,
  • l’intonation qui colore affectivement les mots,
  • la communication non verbale ou gestuelle, ensemble d’expression du visage, des gestes, des postures, des déplacements qui accompagnent la communication verbale.

Pour rendre compte de l’impact du non verbal dans les rapports sociaux Bourdieu (1982 p83) propose l’habitus linguistique et l’hexis corporelle. Le langage non verbal constitue ainsi une modalité de communication et de socialisation fortement signifiante et hiérarchisante.

Nombre de stages de formation s’efforcent de transmettre les rudiments d’une terminologie et d’une grammaire de ce langage. De là il est possible de tirer des conclusions pratiques sur ces comportements observables. Le poids des apparences est tel que dans certaines entreprises le fait d’être barbu, d’avoir une poignée de main molle et/ou d’avoir les mains moites semble rédhibitoire pour la poursuite de carrière d’un salarié[2].

L’autorité une question de grande gueule ?

L’usage de la voix

L’enseignement de l’éloquence remonte certainement au VI éme siècle avant jésus Christ. Aristote raconte qu’à Syracuse, Corax et son disciple Tisias enseignaient la parole. Cette école de rhétorique (du grec rhétoriké : art de bien dire) fut très vite imité. La voix est partie prenante de la construction de l’autorité, car c’est un morceau de corps dont elle signe l’identité. La voix apporte à la parole une tension. Elle tend à convertir la parole en acte. La voix comporte de nombreuses dimensions : le timbre comprend la couleur, le volume, l’épaisseur et le mordant. La prosodie, c’est l’intonation, les variations de hauteur (grave ou aiguë), d’intensité (accentué ou non accentué) de quantité (brève ou longue), l’ensemble donne une mélodie unique. La voix se caractérise encore par l’articulation. Articuler c’est le signe d’un effort produit pour se mettre à la portée d’un auditoire. Une distinction des orateurs s’exerce. Se distinguent ceux qui mâchent leur mot et font preuve de paresse articulatoire. Le débit renforce la signification globale d’une expression et les pauses apparaissent comme des respirations, la maîtrise des silences donne tout son poids aux phrases et concrétise les rapports entre la pensée et la respiration. La prononciation des voyelles et des sons vocaliques renseigne sur l’appartenance régionale. Elle permet encore de donner des significations aux propos : de la familiarité, du pédantisme, de l’académisme, du laisser aller, de la culture, de l’emphase.

Dans toutes ses dimensions la voix témoigne de la maîtrise des usages et des normes sociales. La maîtrise de sa voix et de l’expression orale est un avantage pour s’imposer. Une voix grave et profonde étant associée à plus d’autorité qu’une voix aiguë et criarde. Nombre d’organismes de formation l’ont bien compris à l’instar d’instituts qui se sont fait une spécialité dans la pose de la voix, ou la découverte et l’appropriation de ses mécanismes.

L’autorité ça se sent !!

L’olfaction

L’histoire des sens c’est aussi celle de leur hiérarchisation. L’odorat se retrouve en bas de la hiérarchie des sens. En effet l’odeur renvoie à notre condition animale, à l’odeur de la sueur, à l’effluve des travailleurs entassés. Le refus des odeurs c’est le refus de notre animalité. A travers l’avènement des parfums, notre sensibilité olfactive recherche les fragrances uniques qui vont satisfaire le développement de notre individualisation. L’impact des phéromones sur nos comportements n’est pas encore clairement établi. Brand (2001 p8) observe que chez l’homme la réaction première à toute stimulation olfactive est une réponse émotionnelle liée au caractère plaisant ou déplaisant de l’odeur. Les cadres là encore se distinguent par le choix de parfums et d’odeurs qui communiquent sur des valeurs, un rapport au monde. Certainement les valeurs hygiénistes héritées de l’ascension de la bourgeoisie du XVIII éme siècle. Les notes florales communiquent plus de raffinement qu’une vulgaire eau de toilette, et présentent l’avantage de nous éloigner d’odeurs musquées par trop animales car issues de la poche génitale du chevrotin !

 

Tous ces ingrédients qui déclenche l’adhésion à l’autorité sont nécessaire, mais sans doute pas suffisants.

Il faut aussi un peu de fond, un manager qui a quelque chose à dire et à faire faire.

Alain Baschung disait : on arrive à une chanson pour la musique et on reste pour les paroles.

C’est un peut pareil pour le management : Si on a l’air mais pas les paroles ça ne tient pas longtemps

 

[1] Denis CRISTOL : La fabrique des cadres du rôle de cadre à l’identité de manager. Mastère 2 de Recherche en Sciences de l’Education Paris X Nanterre 2007

 

[2] Equilibre du jugement et jugement de l’équilibre : les faits, les mots, le corps dans l’entretien de recrutement d’après JM Legall (2000), in revue de gestion des ressources humaines, 36