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Émotions et travail sont-ils compatibles ?

Se partageant l’évidence de la réponse à cette question, deux clans s’opposent.

Clan des sang-froid : Emotions et travail sont incompatibles !

Ce clan considère que l’émotion est un facteur limitant, et que les moments d’efficience sont ceux de l’action raisonnée, exempte d’émotion. L’expression qui correspond est : Avoir la tête froide. C’est pourquoi un bon professionnel vit ainsi (sans émotion), ou bien maîtrise suffisamment ses émotions pour, au moins, mettre ces parasites de côté.

Clan des émotifs : Emotions et travail sont compatibles !

À chaque instant, dans leur vie professionnelle tout autant qu’ailleurs, les émotifs sont amenés à vivre à travers leur humeur, qui les oriente fortement. Voici 3 exemples :

Les anxieux ressentent menace et insécurité ;

Les dépressifs ressentent tristesse et froideur ;

Les optimistes ressentent roseur et douceur.

Que les émotions soient bienvenues ou non, les émotifs vivent avec, ne pouvant faire autrement. Certains se demandent parfois s’ils sont normaux, notamment lorsqu’ils sont jugés sévèrement par l’autre clan.

Alors ?

Pour voir plus clair, et peut-être réconcilier les opposés, tournons-nous du côté des savoirs.

Histoire du Travail aux 19e, 20e et début du 21e siècle

A l’ère de l’industrialisation, le Travail est regardé, comme toute chose, de manière mécaniste :

Une organisation (entreprise, administration, association,…) est une machine ; les employés sont des rouages de cette machine.

Un professionnel est réduit à l’exercice de sa fonction. Point d’émotion dans une machine, n’est-ce pas ? Donc point d’émotion dans une entreprise et chez ses employés. Tant mieux pour les sang-froid. Tant pis pour les émotifs.

Bien que cette époque soit révolue, ce modèle (qui tente d’éliminer la question de l’émotion au travail) persiste encore largement, le clan des sang-froid en étant le défenseur.

Or, en ce tout début de 21e siècle, la dimension de l’émotion, si longtemps étouffée, a surgi de manière violente : le Stress au travail est presque partout (cf. article : Prévenir son stress au travail. Pourquoi pas ?).

Dans ce siècle nouveau, le Stress apparaît dans sa dimension émotionnelle. Son effet fragilisant et délétère se révèle :

Le Stress rend malade un nombre considérable d’acteurs

(Employés, agents de maîtrise, cadres, dirigeants également).

Les émotifs sont particulièrement touchés bien sûr. Les sang-froid également, découvrant des souffrances émotionnellement parlantes parce qu’insupportables :

  • Conditions de travail exténuantes (dues à la diminution du personnel liée à la baisse de la masse salariale),
  • Management par le stress,
  • Absence de reconnaissance,
  • Harcèlement (moral et sexuel),
  • Précarité,
  • Evolution rapide difficile à suivre,
  • Démotivation,
  • Perte de sens,
  • Arrêts maladie,
  • Troubles musculo-squelettiques,
  • Médication par anxiolytiques et/ou antidépresseurs,
  • Burn out,
  • Etc…

Contribution de la biologie

La biologie nous dit :

Tout ce qui vit suit un but constant : survivre et se développer.

A l’origine, se trouve la motivation (Etymologie : Ce qui génère le mouvement). Son langage, simple et puissant, est instinctif, pulsionnel et émotionnel :

La motivation pousse l’individu à agir dans une direction donnée.

Ainsi :

– Quand un humain survit et se développe, cela lui procure du plaisir.

Exemple 1 : Il a très soif et il boit.

Exemple 2 : Il est en position de réussite professionnelle.

Le plaisir est une émotion motivante des plus puissantes ;

– Lorsqu’un humain a des difficultés à se développer et à survivre, cette situation lui procure une souffrance.

Exemple 1 : Il a très soif et il ne peut boire.

Exemple 2 : Il est en position d’échec professionnel.

La souffrance est une émotion encore plus puissamment motivante que le plaisir.

Ainsi l’émotion oriente très fortement (parce qu’instinctive) le comportement :

– Le plaisir appelle au plaisir, ce qui amène l’individu à vouloir le reproduire et le répéter ;

– Celui qui ressent une souffrance tente de toutes ses forces d’éviter la prochaine.

Ce savoir scientifique contribuera peut-être à ce que les émotifs se sentent plus normaux et intégrés par la société.

Contribution de la psychologie

Depuis plus de soixante ans, les psychologues cognitivistes et comportementalistes observent trois aspects simultanés de l’homme : sa PENSEE (P) est associée à un COMPORTEMENT (C) et à une EMOTION (E).

Exemple 1 : Je pense à la commande qui a un retard pénalisant (P), je suis agité (C) et inquiet (E) ;

Exemple 2 : Je pense au collaborateur qui a suivi le dernier dossier délicat avec une attention sans faille (P), je chantonne (C) et suis très content (E).

Il n’y a pas de moment sans émotion.

Cet autre savoir pourra également rassurer les émotifs sur leur normalité.

Côté émotions, selon Henri Laborit, les émotions primaires appartiennent à quatre grands registres. Trois sont liés au Stress et au vécu de menace :

  • Peur (Envie de fuir),
  • tension colérique (Envie de se battre),
  • découragement (Inertie).

Le quatrième est lié au vécu de non menace. Il s’agit du Calme (Disponibilité).

Les trois registres émotionnels du Stress sont perturbateurs de l’action :

  • La peur fait perdre la qualité de concentration et disperse ;
  • La colère tend et durcit ;
  • Le découragement freine et tend à figer réflexion et action.

Les sang-froid ont bien repéré que dans le cadre professionnel, ces émotions sont à éviter, prévenir ou transformer dès que possible.

Le registre émotionnel du Calme est encore bien peu connu et reconnu pour ses vertus. Il dépend notamment du faisceau médian du cerveau antérieur (MFB), circuit nerveux de l’hypothalamus (cf. Henri Laborit).

Bien que le Calme soit un état émotionnel, il est pourtant souvent confondu avec :

– L’absence d’émotion, comme le pensent les sang-froid ;

– La mollesse et/ou la paresse (Calme est souvent associé de manière abusive à chaise longue).

Pour dissiper ces confusions persistantes, voici les principales variations d’intensité des émotions qui entrent dans cette rubrique. De la moins intense à la plus intense :

  • Disponibilité pour agir (la moins intense),
  • Tranquillité         ou          Sang-froid,
  • Aisance               ou          Optimisme,
  • Sérénité              ou          Dynamisme
  • Zénitude             ou          Enthousiasme,
  • Bonheur             ou          Émerveillement
  • Paix                      ou          Joie (les plus intenses).

Et si je vous les suggérais les questions qui me viennent à l’esprit.

Que penser de ces émotions pour le travail ?

Sont-elles intéressantes pour ce contexte ?

Sont-elles compatibles avec lui ? (notre question)

André Stern, auteur de Semeurs d’enthousiasme, est connu pour sa singularité de pratiquer plusieurs métiers alors qu’il n’est jamais allé à l’école.

Dans ce petit livre, il fait référence aux travaux de Gerald Hüther. Ce chercheur en neurobiologie avancée repère que l’apprentissage et le développement du cerveau sont optimaux pour l’individu lorsqu’il vit une émotion particulière : l’Enthousiasme.

Juste avant de conclure, je formule pour chacun d’entre nous, quel que soit le clan initial, deux souhaits :

1- Si nécessaire, se réconcilier avec les émotions. En effet, comme le dit l’adage : ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Certes il y a des émotions négatives, mais il y en a des positives. Daniel Goleman, initiateur de l’Intelligence Emotionnelle, nous invite notamment à développer notre Quotient Emotionnel (Q.E.). Cela consiste à développer la conscience des émotions qui nous traversent instant après instant. Il a démontré que l’élévation du Q.E. augmente la performance.

2- Pour vivre à la fois l’efficience et le bien-être (cf. article : Savoir piloter votre cerveau), au travail bien sûr, et en dehors du travail, je nous souhaite d’être habité le plus souvent possible par cette belle émotion qu’est l’Enthousiasme ; ou bien par l’une de ses sœurs tout aussi bienveillantes, du registre du Calme.

Alors ? Pour conclure

1- A chaque instant, il y a au moins : une émotion, une pensée et un comportement.

2- L’émotion est à l’origine de l’efficacité… ou de l’inefficacité (raisonnement et comportement).

3- La compatibilité des émotions avec le travail se pose au niveau de leur qualité :

– Les sang-froid avaient fort bien repéré les nombreuses émotions souffrantes et limitantes, celles du stress.

– Cependant ils n’avaient pas du tout repéré les émotions très favorables à l’efficacité professionnelle, celles du Calme, notamment l’Enthousiasme. Rappelons-nous que même le sang-froid est une émotion (3e dans la liste fournie ci-dessus), un ressenti particulier et agréable à vivre, qu’il est intéressant de repérer, reconnaître pour mieux l’apprécier.

4- Les spécialistes de la Gestion du Stress savent qu’un effort de volonté pour évacuer le Stress mène au résultat inverse : son intensité augmente nettement, ses perturbations aussi.

Les émotifs l’ont bien compris, souvent de manière impuissante ou maladroite. C’est pourquoi il est important d’aider à sa transformation en émotion positive du type Enthousiasme.

Pour cela, il existe de nombreux outils complémentaires :

– Développement personnel (cf. article : Comment prendre des décisions de qualité au travail),

– Approches relationnelles (Communication Non Violente, Métacommunication,…)

– Approches managériales (Management par le Calme, Management Juste, Management par la Bienveillance,…).

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