Le recrutement c’est douloureux pour le jeune comme pour le vieux. Le vieux, lui, a mal à son égo, non pas parce qu’il a « l’égo surdimensionné des seniors » comme aimeraient nous le faire croire certains recruteurs mais parce qu’il a une conscience qui lui fait réaliser à quel point il a pu tomber bien bas depuis qu’il est en recherche d’emploi. Face à lui, se trouve un jeune recruteur qui a la moitié de son âge, le dixième de son expérience et le centième de ses compétences, ce qui est normal puisqu’il est jeune. Ce qui est anormal c’est que l’avenir professionnel du plus vieux soit entre les mains du plus jeune. Alors, le vieux a mal à son cœur de senior qui serait « fragile » (aux dires des recruteurs évoqués plus haut). Il souffre d’être mis à l’épreuve par ce jeune recruteur qui pourrait être son enfant dans la vraie vie mais qui joue le rôle de parent le temps d’un recrutement. Le vieux se sent alors obligé de défendre son parcours professionnel alors qu’il devrait plutôt apprendre au jeune à construire le sien.

Et le jeune recruteur dans tout cela ? Hé bien, lui aussi a mal, mais plutôt à son cerveau, non pas parce qu’il manque d’intelligence mais plutôt d’expérience et de connaissances par rapport au vieux. Pourtant, c’est le jeune qui va évaluer le vieux et c’est douloureux pour les deux. Bien souvent, le jeune n’a qu’une vague idée du poste auquel postule le vieux, non pas parce qu’il est limité mais parce qu’il est jeune et n’a pas eu le temps d’en faire le tour. Le jeune navigue donc à l’aveugle en se raccrochant aux branches qu’ont bien voulu lui laisser ceux qui l’ont mis dans cette position délicate, ses responsables, ces recruteurs plus vieux qui laissent l’ingrat travail de filtrage des candidats aux plus jeunes sans en mesurer vraiment les conséquences.

Et justement, quelles sont elles pour l’un comme pour l’autre ? Le vieux ainsi mis en difficulté lors de l’entretien choisit l’autodéfense à défaut d’autodérision et il prend le jeune recruteur de haut. Pontifiant, le vieux en vient à donner au jeune des leçons de vie…professionnelle et parfois d’éducation. Il devient alors « ce vieux con à l’esprit obtus qui n’a pas su évoluer avec son temps, qui n’est pas souple et se plaint de tout… ». Et le jeune qui a surement commencé à attaquer en premier car il se sent incompétent face au vieux, à défaut de lui donner aussi des leçons, vérifie plutôt que ce dernier connaît bien les siennes en le soumettant à un interrogatoire en règle. Il devient alors ce « jeune con de recruteur qui croit tout savoir alors qu’il n’a rien compris au poste ». Et si ce vieux comme ce jeune recruteur qui s’opposent n’étaient tout simplement que les victimes d’un système de recrutement qui défie les lois de la nature ?

Parce que  j’ai été recruteur mais aussi demandeur d’emploi et que je fais maintenant partie des vieux, je lance un appel :

– Nous, les vieux, qui passons des entretiens, ne vivons pas mal d’être évalués par ces jeunes qui ne font que leur métier de recruteur avec leurs jeunes armes et ne nous montrons pas sous notre plus mauvais jour sous prétexte que nous nous sentons humiliés !

– Vous, les jeunes, qui nous faites passer des entretiens, ne pensez pas systématiquement que nous voulons vous en mettre plein la vue avec cette expérience qui constitue notre richesse et fera celle de votre entreprise et ne contribuez pas à nous humilier en voulant seulement nous impressionner !

– Vous, les responsables de recrutement, accompagnez  vos jeunes dans ce dur travail de pré-sélection des candidats et de représentation aux salons pour l’emploi car il y a vraiment de quoi dégouter les jeunes de recruter et les vieux d’être recrutés ! Et jeunes comme vieux, arrêtons de passer les uns à côté des autres !

Et si vous trouvez que j’exagère, demandez aux chercheurs d’emploi seniors ce qu’ils vivent le plus mal lors des entretiens. Interrogez également les recruteurs juniors pour savoir quels sont les profils de candidats qu’ils craignent le plus.

Et si ce n’est pas suffisant, allez faire un petit tour du côté des salons pour l’emploi des seniors et constatez par vous même !

Et si durant la lecture de ce texte, vous vous êtes demandé à partir de quel âge on est considéré comme vieux par les recruteurs,  sachez que c’est dès 50 ans et parfois même avant pour certains métiers.

Et si en lisant ce texte, vous avez eu l’impression que l’utilisation du terme « vieux » était une insulte, demandez-vous pourquoi vous n’avez pas eu la même réaction avec le terme « jeune« …

En tout cas, jeunes comme vieux, chercheurs d’emploi comme recruteurs, essayons de nous rencontrer sans nous faire mal,  le temps du recrutement…

Petite précision pour ceux qui auraient lu un peu vite : attention à ne pas mal interpréter cet article…il concerne uniquement le passage obligé du recrutement et ne s’applique en aucun cas à la vie en entreprise car il n’y a rien de plus riche que des vieux et des jeunes travaillant ensemble en s’appuyant sur leurs différences !

Christel de Foucault, consultante RH, auteure de « Déjouez les pièges des recruteurs » aux Editions Eyrolles.

Si vous avez aimé cet article merci d’aller liker ma page auteure  www.facebook.com/dejouezlespiegesdesrecruteurs !

Autres articles sur le sujet de la recherche d’emploi :

« Le recrutement de la honte  » : https://www.linkedin.com/pulse/le-recrutement-de-la-honte-christel-de-foucault

 » Le recrutement par le bonheur  » : https://www.linkedin.com/pulse/le-recrutement-par-bonheur-christel-de-foucault

« Même pas peur du recruteur  » : https://www.linkedin.com/pulse/même-pas-peur-du-recruteur-christel-de-foucault

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager 😉

One thought on “Quand un jeune recrute un vieux…

Comments are closed.