LES 4 ÉLÉMENTS – « En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte ». Herbert J. Freudenberger.

Comment en arrive-t-on là ? A ce point de destruction de l’estime de soi, à ce point de souffrance mentale ? Le témoignage d’un cadre entreprise explicite les différents facteurs qui l’ont amenés à un incendie interne violent. Il a tout d’abord développé une toute puissance dans sa relation au travail et aux autres. Puis, cette toute puissance l’a amené à surinvestir son travail. A travers ce témoignage, il est facile de constater que les conditions de travail de ce cadre n’ont fait qu’attiser cet incendie. Enfin, l’installation dans un cercle vicieux et la chute ont amené l’incendie à s’éteindre au prix d’une grand souffrance morale.

  • La toute puissance

Il est indéniable que le fait que l’on vous en demande beaucoup, que l’on vous consulte et que l’on se range systématiquement derrière votre opinion, flattent votre ego. Vous êtes important dans une entreprise à laquelle vous êtes fier d’appartenir.  Et surtout, surtout, vous arrivez toujours à vos fins : on écoute ce que vous avez à dire, votre opinion est toujours suivie dans votre domaine de compétences. Sauf que la toute puissance dans laquelle vous vous êtes engagé vous amène à avoir des comportements peu compatibles avec un environnement de travail. Au fil du temps, vous devenez intolérant à la médiocrité, à la lenteur des personnes qui vous entourent. Votre avis ne peut être que le bon. Vous acceptez difficilement que quelqu’un ne soit pas d’accord avec votre avis d’ « expert tout puissant ». Vous devenez cynique, cassant…Et au final, au lieu de passer pour le sage dans votre domaine de compétences, vous passez, aux yeux de votre entourage professionnel, pour une véritable terreur.

Votre toute puissance ne vous permet pas de mettre un genou à terre. Vous êtes bien au-dessus de vos limites physiques, votre cerveau étant capable de ne jamais s’arrêter. Votre posture de sachant tout puissant occulte tout autre posture comme celle de vous mettre à la portée du non sachant. De plus, comme ce sera expliqué plus tard, vous n’avez pas le temps. Vos conditions de travail ne vous permettent pas de vous attarder sur celui qui comprendrait moins vite. Comme vous vous amusez à le répéter à qui veut bien l’entendre, vous expliquez une fois, vous pouvez expliquez une deuxième fois et s’il doit y avoir une troisième fois, le ton monte et l’énervement dans votre voix est plus que palpable.

  • Le surinvestissement dans le travail

Dans le but d’entretenir votre toute puissance, d’obtenir la reconnaissance de vos supérieurs hiérarchiques, vous surinvestissez votre travail. Vous ne comptez pas vos heures au travail, vous avez votre téléphone portable en permanence sur vous, les WE, les vacances et vous y répondez bien sûr. Vous êtes en déplacement professionnel régulièrement. Vos WE commencent souvent le vendredi soir à 22 heures. C’est normal, votre toute puissance vous fait croire que vous êtes quelqu’un d’important pour l’entreprise donc vous vous devez d’être là 24h/24h, 7j/7j, 365j/365j. D’ailleurs, vos patrons n’envisagent pas les choses autrement. Vous allez au-delà de vos limites physiques en vous imposant un rythme effréné. Vous vous retrouvez chez le médecin avec 9 de tension. Vous refusez les arrêts de travail prescrits, comment feraient-ils sans vous ? Vous vous amusez de ce proverbe « les cimetières sont pleins de gens indispensables ». Il ne vous est jamais venu à l’esprit que vous pourriez finir dans ce cimetière. Vous avez frôlé l’accident en revenant d’un déplacement professionnel. L’idée vous a quand même effleuré à ce moment là : il serait peut être temps de prendre du recul. Et puis, l’idée est partie aussi vite qu’elle était venue.

 

 

À suivre partie 2 …

 

Aurélie Thieblemont

 

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